Fin de 24h chrono : Jack a la peau de son ennemi intime

Publié le par staragora

C'est un secret de polichinelle : ce soir, Jack Bauer va définitivement solder les comptes avec le personnage le plus visqueux de la série : Charles Logan. Cet ex-président américain, toujours dans les mauvais coups, est à l'origine de la mort sanglante de Renée Walker, la petite amie de Jack Bauer, entre autres joyeusetés.

Aux dernières nouvelles, il manigançait avec des Russes et conspirait contre son pays afin de revenir au premier plan. Pour cela, il tentait de se débarrasser de Jack Bauer, mais celui-ci sera plus rapide :

La fin de 24, c'est la clôture d'une époque, celle de la décennie ouverte par le traumatisme du 11 septembre 2001, obsédée par la menace terroriste et peu regardante sur les moyens de la combattre avec efficacité. L'agent de la CTU Jack Bauer, afin de sauver son pays, n'hésitait pas à torturer et à tuer : Jack avait souvent le dernier mot, ses ennemis les derniers maux. Un reflet, selon les fins analystes des séries américaines, de la face sombre du pouvoir bushien.

Mais au fil du temps, le personnage de Jack avait évolué : moins enclin à tuer pour rien, il privilégiait le dialogue constructif dans la saison 8, quitte à attendre dorénavant quelques minutes avant que d'enfoncer une pince dans le ventre d'un ennemi à faire parler, pour récupérer à mains nues et sans anesthésie une carte sim dans son estomac...

Au delà de la violence efficace de Jack Bauer montrée à satiété, une dominante a suivi le personnage tout au long des saisons : l'incompréhension de ses patrons, président compris parfois, et son lâchage attendu, au nom de la raison d'Etat. Jack Bauer, lonesome cowboy professionnel, se retrouvait souvent puni d'avoir sauvé les Etats-Unis, comme si les politiciens jamais ne savaient reconnaître les mérites des soldats. Thème qui dépassait l'époque bushiste, car resassé depuis la guerre du Vietnam, et typique d'une vulgate américaine anti-élitiste qui oppose le bon sens du peuple aux tergiversations et faiblesses du pouvoir fédéral depuis toujours.

24 nous manquera : son utilisation du split-screen (déjà dans l'Affaire Thomas Crown, quand même), son rythme haletant (qui aurait rendu jaloux une dose d'héroïne en terme de capacité addictive) , son calage sur le temps réel (chaque épisode se déroulait en une heure, pub comprises), la mélancolie violente de Kiefer Sutherland (parfait dans la série, alcoolique à problèmes dans la vie), son absence totale d'humour (même l'inspecteur Harry manie l'ironie, lui), les volte-faces fulgurants (devenus prévisibles au cours du temps), la signature musicale des épisodes (téléchargée par des millions de téléphones), ont été une révolution de langage : il y a 8 ans, c'est à la télévision que l'innovation a eu lieu, pas au cinéma.

C'est la seule chose qui restera à Jack Bauer, après avoir perdu sa femme, sa santé, son job, ses amis, sa liberté et sa série...

Voici la bande-annonce des deux derniers épisodes de 24 :

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