Interview exclusive de Corneille : Il dit tout sur son nouvel album, sa tournée et son rôle dans The Voice 3
Staragora a rencontré Corneille pour une interview exclusive dans le très chic restaurant Môm à Paris. Le chanteur s'est confié sur son nouvel album Entre nord et sud, sur son prochain single, sa tournée, ses nouvelles influences musicales, son évolution depuis son premier album Parce qu'on vient de loin et bien sûr, sur son rôle de coach dans The Voice 3.
Avec beaucoup d'humilité et de respect, Corneille s'est mis à nu dans cet interview et a répondu avec beaucoup de sincérité. Bonne lecture !
Staragora : Vous avez sorti un nouvel album intitulé "Entre nord et sud", est-ce que vous pouvez nous en parler ?
Corneille : "C'est le sixième album de ma carrière et c'est un album qui résume finalement assez bien 10 ans de musique, de textes et d'intentions musicales. C'est un album synthèse de tout ce que j'ai proposé au public depuis le début de ma carrière. C'est sur un rythme de r'n'b américain et de hip hop, parce que pour moi ça vient ensemble... En tout cas dans ma culture musicale. Je me suis inspiré de toutes les musiques que j'ai aimées et de tout ce que j'ai proposé dans le passé, à savoir des choses un peu plus acoustique, du reggae, des influences afro beat, avec comme dénominateur commun, mon interprétation et ma façon d'employer la langue française."
Staragora : Votre titre "Le Paradis" qui est l'un des singles de votre l'album Entre nord et sud, est plus rythmé et dynamique que vos instrumentales habituelles. Vous aviez envie de moderniser votre travail ?
Corneille : "J'avais envie d'évoluer. Je n'arrive pas à me répéter, je n'aime pas me répéter. Dès que l'occasion se présente pour essayer quelque chose de nouveau, je saute dessus. Le vrai plaisir dans la partie création de mon métier est de me renouveler à chaque fois. Le r'n'b des années 2000 a évolué et les grosses pointures du r'n'b américain ne se gênent pas pour aller sur des sons plus électro, plus dance...Pourquoi on devrait s'en priver en France ? Je l'ai fait surtout parce que j'aimais le son, je trouvais que c'était bien fait et je savais que je pouvais bien le faire."
Staragora : Qu'est-ce qui différencie cet album du premier "Parce qu'on vient de loin" ?
Corneille : "Le temps ! Dix ans se sont écoulés, j'ai un regard différent sur moi même, sur mon histoire et sur mon métier. La musique a évolué, donc si j'avais commencé ma carrière aujourd'hui, je ferais l'album que je viens de faire. C'est-à-dire que si mon premier album proposé au public sortait aujourd'hui, se serait l'album Entre nord et sud parce qu'il est un peu l'équivalent de Parce qu'on vient de loin, mais 10 ans plus tard.
Par exemple, en 2003, dans le r'n'b américain ou anglais, il y avait énormément de guitare acoustique . J'écoutais les sons d'Usher ou Craig David et il y avait beaucoup de guitare, alors qu'aujourd'hui le son a évolué vers des choses plus electro ou au piano, donc j'ai voulu aller aussi dans ce sens-là. L'essence de ce que j'ai proposé avec Parce qu'on vient de loin est ni plus ni moins les mêmes choses qu'il y a sur Entre nord et sud. Il y avait du r'n'b, de la soul, de l'afro, un peu de zouk sur le titre Avec classe... C'est un peu la même chose, mais 10 ans plus tard."
S : Mais d'un point de vue personnel, est ce que vous n'aviez pas besoin de sortir "Parce qu'on vient de loin" en premier ?
C : "Oui mais tous les albums que je fais, je les sors par besoin. Les textes que je chante doivent être dits, j'ai besoin de dire ces choses-là et c'est un cycle qui arrive tous les deux ans assez bizarrement, je ne sais pas pourquoi. Tous les deux ans j'ai sorti un album et le moteur a toujours été : "J'ai envie de dire".
S : Dans vos chansons vous parlez beaucoup des rêves, de l'essentiel, de vivre pleinement, de profiter et finalement, beaucoup des valeurs humaines, est-ce qu'on peut parler de thérapie ? Est-ce que la musique est une thérapie ?
C : "Oui c'est une forme de thérapie que d'écrire et de tout mettre sur papier. Les chanter c'est les rendre vraies, surtout quand on est dans une écriture rétrospective et très personnelle. Quand on sait que ce qu'on écrit va être écouté par l'autre et jugé, accepté ou rejeté, on se met en danger, mais en même temps, on se donne le droit de se mettre en danger et d'être qui nous sommes avec un minimum de compromis. La thérapie c'est d'oser assumer qui on est quand on écrit comme moi. Après si on écrit sur des choses assez distantes, on se met moins en danger, le risque est moins grand.
Il y a quelque chose de thérapeutique dans le fait de le chanter. On dit toujours que le chant est un cri de l'âme, c'est pour ça que la voix touche autant je pense, parce qu'on a l'impression de sentir, de percevoir l'âme de la personne qui chante. Après ça nous touche ou ça ne nous touche pas, mais en tout cas, ça nous dit quelque chose sur la personne. Donc oui, il y a une vraie thérapie dans le fait d'écrire, composer et chanter."
S : Vous évoquez votre passé avec beaucoup plus de facilité qu'avant, est-ce que vous pensez que c'est grâce à la musique et surtout au fait de le revendiquer en chantant ?
C : "Un peu, mais la vraie raison c'est ce que la vie m'a donné en retour. Je dis toujours que la vie m'a payé sa dette. C'est ma famille, c'est ma femme et mon fils. C'est la vraie vie qui a repris en faite. Le succès qui se chiffre, que se soit en musique ou n'importe quoi, ça ne peut pas nous procurer un vrai bonheur et en tout cas, ça ne peut en rien combler les vrais vides, les vraies carences qu'on a, affectives ou autres. Je pense que ça se guérit dans l'intimité, dans les liens intimes avec l'autre. Avec l'amour surtout. Donc je parle avec plus de facilité de mon passé parce que j'ai un oreiller confortable sur lequel je peux me reposer, en me disant : "C'était pas facile, mais ok c'est bon j'ai du soutien, j'ai une base qui est tellement solide que je peux me permettre de revisiter certaines choses très très douloureuses sans avoir l'impression qu'il n'y a eu que ça dans ma vie."
S : Vous sortez prochainement le troisième single de l'album Entre nord et sud, intitulé Le Récit. Est-ce que vous pouvez nous en dire plus ?
C : "C'est un titre que je prends un plaisir fou à interpréter sur scène. Il y a des titres que les gens entendent pour la première fois et qui souffrent de cette nouveauté justement. Quand on ne connait pas la chanson, on a plus de mal à rentrer dedans et à l’apprécier, alors qu'il y a d'autres titres qu'on entend pour la première fois et qu'on a l'impression d'entendre depuis 10 ans. Le Récit est un de ceux-là. Quand je le chante sur scène, j'ai l'impression que le public le connait déjà et c'est assez intéressant. C'est une sonorité très pop anglo-saxonne. Le côté soul c'est ma voix qui l'amène.
Le texte traite de la relativité du malheur. Je dis qu'on peut être ici en Occident et avoir la vie dure. On a toujours l'impression que dans certains pays du monde, on souffre plus qu'ailleurs, alors que c'est une autre forme de souffrance. J'ai l'impression que les gens ici sont dans la culpabilité de souffrir. C'est comme quand tu es petit et que tes parents te disent : "Finis ton assiette, il y a des gens qui n'ont pas à manger". Je pense que chacun à le droit d'exprimer son malheur, car chacun le vit subjectivement. Moi j'estime que ne pas avoir connu son père est aussi douloureux qu'avoir perdu toute sa famille dans un génocide au Rwanda.
Quand on vit une douleur tellement commune, on dirait qu'on a plus le droit de se plaindre parce que les circonstances ne sont pas exceptionnelles. Je trouve ça injuste et la chanson parle de ça. Le Récit c'est la comparaison des malheurs qui finalement, ne devraient pas se comparer."
S : Vous êtes donc déjà en tournée ?
C : "Oui et ça se passe super bien. Je défends surtout mon nouvel album Entre nord et sud dans toute la France et je serai le 19 et 20 mars à La Cigale."
S : On a vu que vous étiez coach aux côtés de Garou dans The Voice 3, comment avez-vous vécu cette expérience ?
C : "Oui et c'était super ! Ce qui a rendu l’expérience agréable c'était de le faire avec Garou qui est un pote, mais surtout, de presque revivre mes débuts à moi. Je voyais les groupes de jeunes qui commencent, qui ont l'espoir de réussir avec toutes les insécurités, mais aussi avec toute la confiance du monde. C'est assez contradictoire, mais c'est ça qui fait un artiste. C'est la certitude qu'on va y arriver et en même temps, de se demander si on ne va pas se planter. J'ai aimé pouvoir partager ce que j'ai appris de cette décennie dans le métier avec d'autres personnes, ça c'est un truc qui m'anime beaucoup."
S : Si on vous proposait d'être coach dans The Voice, vous accepteriez ?
C : "Sur le principe j'accepterai oui. Le fait de partager et de faire partie des petits débuts de ces artistes qui commencent, m’intéresse. Il faudrait que ce soit le bon moment, que je ne sois pas engagé ailleurs, mais oui c'est quelque chose qui intéresserait."
B.A
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